Introduction

C’est l’histoire d’un changement d’époque. Une génération qui prend le pas sur la précédente. Un nouveau monde qui s’ouvre à de jeunes loups. A tout point de vue ou presque, la Speedmaster mark III d’Omega marque une rupture. Un changement d’ère.

Plus qu’une évolution, une révolution. Au moins à trois points de vue complémentaires.

En premier lieu, le mouvement. La Speedmaster « mark I » date de 1957. La mark II, de 1969. La « mark I » a tout d’abord connu le mouvement roue à colonne 321, avant de basculer, à partir de fin 1968, sur le mouvement plus moderne 861. La mark II, dès sa naissance, a embarqué ce même mouvement 861. Le 321 comme le 861 ont la caractéristique d’être des mouvements manuels. La Speedmaster, la montre des astronautes, des missions de la NASA ? Ce ne pouvait être qu’une montre à remontage manuel. Personne ne pouvait sérieusement imaginer le contraire. L’espace exige une fiabilité sans faille en situation extrême, qu’une montre automatique ne peut apporter.

La mark III va pourtant prendre, pour la première fois, le contrepied de ce truisme. En 1971, 15 ans après sa naissance, il y aura une Speedmaster qui sera une montre automatique. Equipée du calibre Omega 1040, ce mouvement sera la matrice du 1041 COSC qui équipera en 1973 la Speedmaster 125, et du 1045 qui sera embarqué sur les mark 4.5 et mark V. Le 1040 équipera aussi, chez Omega, l’éphémère mark IV, et aussi pas mal de chronographes Tissot (Navigator par exemple).

Ce passage à l’automatique, à côté des mouvements manuels qui sont bien évidemment maintenus, n’a rien d’extraordinaire : la toute fin des années 60 et le début des années 70 sont une période de formidable ébullition horlogère. C’est à cette époque que pour la première fois, des chronographes automatiques sont produits. D’abord par Zénith/Movado, le 10 janvier 1969 – le célèbre et bien nommé El Primero, puis par le consortium Büren-Hamilton, Breitling, Dubois-Dépraz et Heuer-Leonidas, en mars de la même année – le non moins célèbre calibre 11 Chronomatic, et enfin, en mai, par Seiko et son calibre 6139 suivi quelques mois après du 6138.

La seconde révolution apportée par la mark III, c’est la forme du boitier. Bon, c’est encore une fois compliqué, comme chez toutes les Omega de cette époque, et il n’y a pas un type mais plusieurs types de boitiers pour la mark III. Mais tous – et en particulier le plus emblématique d’entre-eux, j’y reviendrai – ont la particularité d’être extrêmement marqués d’une époque, celle des années 1971-73 (ou un peu au-delà…), les peu d’années de production de cette mark. Le plus emblématique, c’est le boitier « pilote », sorte de cône dont on aurait coupé la tête, et qui marque un lien symbolique entre la gamme des Speedmaster et celle, qui existait depuis peu, des Flightmaster.

Enfin, la dernière révolution apportée par la mark III, c’est la déclinaison en une multitude de versions de ce modèle, certains étant d’ailleurs à cheval entre la gamme Speedmaster et la gamme Seamaster. Cette complexité de la gamme se retrouvera aussi dans celle de la mark 4.5, et sera même encore plus prononcée. Mais jusque-là, excepté quelques particularités propres à la mark II, les séries de Speedmaster étaient plutôt claires. Ce ne sera plus vraiment le cas désormais. On pourrait ajouter « malheureusement », encore que, pour un collectionneur, cette complexité c’est un peu une mine d’or…

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Histoire et références

La Speedmaster mark III naît en 1971, deux ans seulement après la mark II, qui sera d’ailleurs encore produite jusqu’en 1975, et avant même la sortie de plusieurs versions de la mark II (la MD 145.0034 plaqué or, qui date de 1972, la BA 145.0034 en or massif, et enfin la ST 145.0037, dite « Téléstop », ou encore poulpe, dans mon vocabulaire. Ces deux dernières datent de 1974.) Par conséquent, la mark III sera produite à cheval sur la production de la Speedmaster classique et de la mark II, et non pas après la mark II.

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Une pub d’Omega mettant en scène la « mark I », la mark II et enfin la mark III

Le tableau des mark III issu du travail de Chuck Maddox :

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Et pour mémoire le tableau récapitulatif de l’ensemble des mark et assimilées :

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Le mouvement

La mark III est équipée d ‘un calibre 1040 à quantième, basé sur le Lemania 1340. C’est la première Speedmaster à abandonner le format classique du chronographe sans date, format que l’on retrouvait très majoritairement à l’époque, notamment sur la Daytona de Rolex, ou encore chez d’autres fabricants (Universal Genève, Enicar, …)

Le Lemania 1340 ressemble à cela :

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Il est vrai que la sortie récente des calibre 11/12 chronomatic et du El Primero, sans parler des chronographes de Seiko, changeaient la donne et rendaient nécessaire la production par le trio Lémania / Omega / Tissot d’un chrono autonomatique à quantième.

Ce calibre servira de base au calibre 1041 (certifié chronomètre, équipant le modèle Speedmaster 125) et bien sûr au calibre 1045 évoqué dans d ‘autres posts.

Comme indiqué en introduction, ce calibre 1040 a équipé d’autres modèles Omega, parmi lesquels la référence 176.0009 (Speedmaster mark IV).

Les caractéristiques des modèles équipés de ce mouvement sont les suivantes :

  • date (quantième) à 3h,
  • totalisateur 60 minutes au centre (aiguille avec flèche type « avion »), que l’on retrouvera fort logiquement sur la 125, la mark IV, les mark 4.5, toutes produites à partir de 1973 ;
  • totalisateur 12 heures au bas du cadran à 6h,
  • petite seconde permanente à gauche du cadran à 9h,
  • indicateur 0-24 heures sur le même compteur à 9h.
  • date rapide
  • 17 rubis
  • 28800 mouvements par heure
  • 44h de réserve de marche

 

Le boitier

Il y a trois formes différentes de boitier pour la mark III. Toutefois, des trois, il y a clairement une forme bien plus courante que les deux autres. C’est le boitier « pilote », celui qui ressemble fortement à celui de la Flightmaster.

Omega Speedmaster Mark III
La mark III, 51,6 mm de long, 43,5 de large, 15,9 mm d’épaisseur, 157 g

 

Flightmaster
La flightmaster, 52,25 mm de long, 45,55 de large, 15,65 mm d’épaisseur, 139g

C’est en 1969, grosso modo en même temps que la Speedmaster mark II, qu’apparait pour la première fois la gamme Flightmaster.

Au fait c’est quoi, la Flightmaster ?

Comme son nom l’indique, ce chronographe à remontage manuel est spécialement destiné aux pilotes. Equipé du calibre 910 construit par Albert Piguet chez Lemania, ce modèle se distingue par sa grande aiguille GMT bleue affichant simultanément l’heure d’un autre fuseau horaire, son indicateur 24 heures AM/PM de couleur verte et noire, sa lunette tournante intérieure et son massif boitier acier à anses débordantes. Sans oublier les deux lunettes cannelées dont il est doté, à huit et à dix heures. A noter qu’en 1971 une version « simplifiée », avec petite seconde à la place de l’indicateur 24 heures, verra le jour.

Cette Speedmaster mark III au boitier pilote me rappelle aussi furieusement certains chronographes Seiko, en particulier les Helmet, à la forme extrêmement proche :

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La Seiko 6139-7100 Helmet au boitier quasi identique à la mark III

Par ailleurs, deux autres formes très différentes (et moins courantes) semblent partager également non seulement le même nom de Speedmaster mark III mais également la même référence (176.002) :

  • une forme « TV dial »,
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Crédits Chuck Maddox
  • une forme « tonneau large ».
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Le tonneau large, de type Seamaster, c’est la version de droite (crédits Chuck Maddox)

Si j’en crois cet excellent article d’Anthony, l’un des auteurs de Moonwatch only,

Ces formes sont clairement référencées sur le site de Chuck Maddox comme étant des modèles Speedmaster mk III.
Cependant, elles apparaissent également (et plutôt) sur des modèles Seamaster : référence 176.005 pour la forme « TV dial  » et référence 176.007 pour la forme « tonneau large ».

J ‘ai personnellement toujours pensé qu’il s’agissait de cadrans Speedmaster remontés sur des références Seamaster, me basant sur le fait qu’il était étrange qu’Omega ait conservé la même référence (176.002) pour les 3 formes de Speedmaster Mark III …

De plus, aucune de ces 2 formes n’est référencée sur le livre « Voyage à travers le temps » d’Omega.

Toutefois, n ‘ayant aucune certitude sur le sujet, et par respect pour les immenses connaissances de Chuck Maddox, il semble légitime de penser que certaines Speedmaster Mark III ont effectivement pu être produites par Omega avec ces 2 formes plutôt communes aux Seamaster …

J’ajoute pour ma part que le non moins excellent ouvrage de Marco Richon, Omega Saga, ne parle pas non plus de ces deux variantes…

On peut y lire le passage suivant :

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…Et rien sur d’éventuels boîtiers alternatifs.

Le cadran

Pour compliquer encore un peu les choses, outre les trois types de boîtiers, plus ou moins officiels je dirais, faute de plus amples précisions, la mark III a également été proposée avec trois cadrans distincts, pour la version « courante », celle au boitier de type pilote :

  • un cadran noir mat, index tritium, demi-cercle gris sur le compteur des secondes permanentes, qui ne s’écarte pas, visuellement, des autres mark (125 y compris) :

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  • un cadran bleu, index rivés et compteur totalisateur 12 heures blanc, compteur des secondes permanentes à 9h cerclé de bleu et gris clair :

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  • et enfin un cadran gris argent, index rivés et compteur totalisateur 13 heures gris clair, compteur des secondes permanentes à 9h cerclé de bleu et gris clair :

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D’après Anthony,

Il existe également un autre type de cadran noir mat, avec index tritium, compteur des secondes permanentes à 9h cerclé de bleu ; ce cadran était monté avec un jeu d’aiguilles particulier (pointe de l’aiguille des minutes du chronographe rouge et triangle indicateur 0-24h rouge également).

Bien qu’il ne s’agisse manifestement pas exactement de celui-ci, le modèle le plus proche que j’ai trouvé sur le web est le suivant (original, aftermarket, bidouillé, je n’en sais rien) :

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Comme sur certains autres modèles de Speedmaster automatiques, de nombreux débats sont apparus au sujet de la légitimité de l’appellation « Professional ».

En particulier, pour ce qui concerne la Speedmaster mark III, il semble qu’Omega elle-même n’ait pas eu d’opinion totalement arrêtée sur le sujet, puisque certains cadrans porteront la mention « Automatic » et d ‘autres la mention « Professional », et ceci sur l’ensemble des couleurs de cadrans proposées.

D’après les observations couramment admises, il semblerait que les premières versions de mark III (entre fin 1971 et 1973) aient été pourvues de la mention « Automatic », alors que les versions successives (après mai ou juin 1972 semble-t-il) auront la mention « Professional », le terme « Automatic » étant relégué sur la gauche du cadran, près du guichet quantième. La photo suivante illustre cette particularité :

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Crédits Chuck Maddox

Comme pour d ‘autres références de Speedmaster, en plus de la lunette classique de type tachymétrique, les lunettes suivantes étaient disponibles en option  :

  • télémétrique,
  • pulsométrique,
  • décimale.

L’usage des aiguilles, et en particulier l’usage de la fameuse et étonnante aiguille « avion », est précisé dans le mode d’emploi de la montre :

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La couronne

Elle est frappée du logo grec d’Omega. Elle est entourée de deux poussoirs classiques d’un chronographe, dont les fonctionnalités sont précisées dans le mode d’emploi ci-dessus.

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Le fond

Comme pour les Speedmaster équipés du calibre 1045, le fond des Speedmaster mark III est généralement estampillé « Seamaster ». Comme indiqué dans ce billet consacré à la mark 4.5, il semblerait que toutes les références de Speedmaster automatiques, celles qui ont utilisé le calibre 1040 comme le calibre 1045, (sauf la « Holy Grail « ) aient été montées avec un fond médaillon estampillé « Seamaster » et non « Speedmaster ». Ceci se justifie par le fait que les Speedmaster automatiques constituaient à l‘époque une sous-famille de la gamme Seamaster, et que ce n’est qu’avec l’immense succès de la Moonwatch qu ‘elles deviendront par la suite une gamme en tant que telle.

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Il y a toutefois au moins une exception : la Speedmaster 125, qui est également automatique, comporte un fond estampillé Speedmaster.

Le bracelet

Il s’agit du modèle 1162 (le même que la mark II), avec les endlinks 172, à 22mm d’entrecorne (pour la mark II, les endlinks sont référencés 173, à 20mm d’entrecorne).

Ce bracelet se trouve sur les modèles suivants, d’après orfei :

Classic 22 mm wide straight end piece Genuine Omega Bracelet with a fine brush satin finish on the stainless steel links. The last link this bracelet tappers out to 23.60 mm just before the end piece, which is 22 mm.

Fits these classic case numbers: 145.013, 145.026, 145.036, 166.091, 166.093, 166.250, 166.0250, 176.002, 176.004, 176.009, 176.010, 176.012, 176.016, 188.002, 145.0013, 145.0026, 145.0036, 166.0091, 166.0093, 176.0002, 176.0004, 176.0009, 176.0010, 176.0012, 176.0016, 188.0002.

Omega list this as the replacement bracelet for 1237/223 on case 196.030, 196.0030. Also replacement bracelet for the 1166/171 and 1159/155 Omega bracelets.

The entire length of the band is 6 7/8 inches.

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Mon exemplaire

Je n’ai pas (encore) de mark III, mais ça ne saurait tarder ^^

La cote

Elle se situe dans la moyenne des Speedmaster mark, en-dessous de la mark II, plutôt autant voire un poil au-dessus de la mark IV ou 4.5, soit (à l’heure où j’écris ces lignes bien entendu) entre 1 100€ pour un modèle ayant un peu vécu et 1 400€ pour un modèle de bonne qualité et bien entretenu. Je ne parle ici que de la mark III au boîtier « pilote », n’ayant pas idée de la cote des deux variantes incontestablement beaucoup plus rares.

conclusion

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On ne sait plus grand chose de la production de modèle post 1973. Ceci pose une question qui est, comme toujours, épineuse au possible : il est toujours extrêmement difficile d’avoir une idée, même parfois approximative, de la date de fin de production d’un modèle. Je suis à ce stade bien incapable de fournir une indication quelconque quant à la fin de la Speedmaster mark III, probablement entre 1973 et 1976, mais j’ai bien conscience que c’est extrêmement vague.

Plus généralement, sur l’image que l’on peut avoir de nos jours de la mark III, je ne résiste pas à l’envie de vous citer Ben Oliver, grand collectionneur de montres et de belles voitures de son état :

J’apprécie vraiment beaucoup cette montre, malgré le fait qu’elle ne passe pas sous beaucoup de chemises. Deux personnes m’ont même proposé de l’acheter directement à mon poignet, ce qui ne m’était jamais arrivé auparavant pour une autre montre. Peut-être est-ce dû au fait que cette montre est toujours bien visible !

Vous savez, moi je suis un amateur de bagnoles. Et la mark III me fait immanquablement penser à la Porsche 928. Tout comme Porsche avec la 911, Omega avait avec la moonwatch un « classique », une référence. Mais à la fin des années 60, on a peur à Bienne que la mode passe. Ainsi, tout comme Porsche, Omega introduit des versions plus dans l’air du temps, mais qui bien entendu ne pouvaient pas avoir l’attrait intemporel de l’original. Mêmes causes, mêmes effets : à l’instar de la 928, la mark III, très connotée début années 70, est rapidement tombée en désuétude, alors que son aînée n’a jamais fléchi jusqu’à présent. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Cette mark III, comme la 928, incarne à nouveau le cool et redevient à la mode ! Et qui plus est il y a un intérêt horloger dans ce calibre 1040 : si Omega a été battu en 1969 dans la course à la sortie du premier chronographe automatique, lorsqu’elle a produit son mouvement, il était, lui, de très haute qualité !

Un autre aspect intéressant, c’est le côté « cross-over » de la mark III. Cette sous-famille se situe en quelque sorte à mi-chemin entre les Speedmaster (et c’est incontestablement une Speedmaster, à l’ADN immédiatement reconnaissable), et la gamme Seamaster. J’évoque plus haut la sous-appartenance de la gamme Speedmaster Automatic à la famille Seamaster des années 70s (à quelques détails près).

Ce croisement, pour ne pas dire cette cosanguinité Seamaster / Speedmaster, s’illustre certes par la confusion des fonds, mais également par la similitude de certains modèles et l’utilisation commune des mêmes calibres (le 1040 dans le cas présent).

Ainsi, trois références précises de chronographes Seamaster sont clairement apparentées à la Speedmaster mark III :

  • la référence 176.005 dite Jedi :
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La trotteuse au sabre laser, tu utiliseras
  • la référence 176.007 :

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  • et la fameuse référence 176.004, dite « Big Blue » (cette dernière référence sera également celle d’un modèle Speedmaster extrêmement rare, totalement similaire à la Seamaster « Big Blue » et ne différant de cette dernière pratiquement que par son cadran) :
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L’autre big blue

Liens intéressants

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