Rien ne va plus !

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Si je vous parle de Speedmaster Casino, ou encore Black Jack, est-ce que cela va vous dire quelque chose ?

Manifestement, cette dénomination n’évoque rien pour la plupart d’entre nous. La référence, 3210.52.00, probablement non plus. Et pourtant ce modèle, qui n’a rien d’une série limitée, est suffisamment atypique pour au premier coup d’œil éveiller la curiosité du collectionneur. Commençons, si vous le voulez bien, par une petite description du pedigree de l’animal.

Doté d’un verre saphir, de 40 mm de diamètre (soit un millimètre de plus que les Speeds de la gamme Reduced ou Racing, et deux millimètres de moins que la moonwatch), d’une entrecorne de 19 mm, étanche à 10 atmosphères, ce chronographe Omega embarque un mouvement automatique Valjoux 7750. Pardon, un mouvement automatique Omega 1164 (c’est la même chose). 25 rubis, 42 heures de réserve de marche, une fréquence de 28 800 bph, la complication date, un poids de 160 g, voici le tableau le plus complet que je puis vous livrer de ce modèle.

Avant de détailler la Speed Casino (je préfère Black Jack, chacun ses goûts !), je vous propose tout d’abord un rapide panorama de la gamme des Speedmaster Date, qui n’est clairement pas parmi les plus connues des différentes gammes et collections de l’honorable fabrique de Bienne.

OMEGA Speedmaster Date OMEGA Speedmaster 3210.50

 

Speedy Date

Omega Speedmaster Date
3513.30.00

 

Et au début était la Speed Date…

Cette gamme Speedmaster Date n’a pas une histoire qui s’étale sur plusieurs décennies, comme certaines de ses consœurs. C’est à l’orée des années 2000 que la gamme apparait, dans le prolongement des Speedmaster Racing et Reduced mentionnées plus haut. Et les Speeds Date n’existent plus en 2016, alors que je rédige ces quelques lignes. J’ai donc dû utiliser archives.org pour retrouver le watchfinder qu’avait mis en place Omega à l’époque, et les modèles Date tels qu’ils existaient (j’ai pris comme année de référence 2013). Démarrons par une petite photo de famille :

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323.30.40.06.001 (Omega 3304)
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323.32.40.40.04.001 sur cordura (Omega 3304)
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323.30.40.40.04.001 sur acier (Omega 3304)

 

 

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323.10.40.40.02.001 (Omega 3304)
32332404006001-30
323.32.40.40.06.001 sur cordura (Omega 3304)
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323.21.40.40.02.001 (Omega 1164)
32321404001001-20
323.21.40.40.01.001 (Omega 1164)
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323.53.40.40.02.001 sur cuir (Omega 1164)
32353404001001-20
323.53.40.40.01.001 sur cuir (Omega 1164)
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3212.80.00 (Omega 1164)
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3211.31.00 (Omega 1164)
32113000-20
3211.30.00 (Omega 1164)
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3210.52.00 (Omega 1164)
32105100-20
3210.51.00 (Omega 1164)
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3210.50.00 (Omega 1164)

Parmi les modèles commercialisés, on rencontrait donc deux calibres différents, ce qui ne vous a probablement pas échappé, attentifs que vous êtes : le calibre Omega 3304 qui est équipé d´un mouvement à remontage manuel (et d’un hideux quantième à 4h30, même si cela est éminemment subjectif), et le calibre Omega 1164 qui, quant à lui, est équipé d´un mouvement à remontage automatique certifié COSC. C´est ce dernier qu’on rencontre le plus fréquemment, avec au moins une dizaine de déclinaisons.

Concentrons-nous et détaillons ensemble le modèle Black Jack (3210.52.00), pas le plus connu, mais certainement le plus funky et extravagant.

3210.52.00 (Omega 1164)
3210.52.00 (Omega 1164)

Le mouvement

Allons, concentrons-nous sur l’Omega 1164 (Valjoux 7750).

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Le Valjoux 7750, ce n’est pas à proprement parler un mouvement rare. Lisons ce qu’écrit sur le sujet wikipédia (oui, je sais, je suis fainéant) :

En janvier 1969, Zénith présente le premier chronographe automatique, l’El Primero. Il présentait une double innovation majeure, la haute fréquence (36 000 alternance/heure, 5Hz, qui permet de « découper » au 1/10 de seconde), et le remontage automatique, une première sur un chronographe de poignet.

La version concurrente, le Calibre 11 présenté en mars 1969, un chronographe (à 28800 a/h, soit au 1/8 de sec.) modulaire automatique à micro-rotor de Heuer/Breitling/Büren, n’était pas tout à fait au point.

Ébauches S.A. qui avait pris le contrôle de Valjoux en 1944, regarde cette nouveauté avec intérêt. Elle nomme un jeune horloger prometteur, Edmond Capt, à la tête du projet. Il va s’inspirer du 7 733, calibre de chrono manuel d’Ébauches S.A.

Deux ans plus tard, le 7 750 est au point, plus rustique qu’un El Primero d’emblée, Ébauches S.A. ayant fait des choix technologiques plus basiques afin de baisser les coûts, tant de production, que d’entretien. On retrouve cette volonté dans la fréquence plus basse (donc déjà éprouvée), et un niveau de finition inférieur. Le calibre est présenté en 1973. Il comporte un empierrage de 17 rubis, et deux fréquences sont disponibles : 21 600 a/h et 28 800 a/h. Il est faiblement diffusé et la production est stoppée devant les revers financiers et commerciaux dus au quartz Japonais.

Néanmoins, Ébauches S.A. a conservé les machines-outils nécessaires à la production du 7 750. Au début des années 1980, la demande de chronographes mécaniques automatiques repart à la hausse, et l’outil industriel du 7 750 est enfin réellement mis en branle à la suite de la fusion et de la création du Swatch Group sous la direction d’ETA SA. Cette chronologie explique par ailleurs les dates de mise en service des variantes du 7 750, au cours des années 1980. Les versions Low-Cost du 7 750, 17 rubis pour 21 600 a/h, ne seront jamais réellement exploitées. L’horlogerie devenant une industrie de luxe au cours des années 1980, les versions « hautes » du 7 750 seront quasi-systématiquement produites, avec en général 25 rubis et toujours du 28 800 a/h.

Aujourd’hui le 7 750 est un best-seller, il a équipé les montres parmi les plus belles et les plus intéressantes du marché, bien que ses origines modestes et sa grande diffusion font qu’il est souvent décrié par les collectionneurs du fait de nombreuses imperfections, notamment une épaisseur importante, un remontage manuel difficile, une fréquence de fonctionnement peu adaptée à un chronographe. Toutefois, grâce à sa solidité et sa fiabilité, ainsi qu’à l’absence d’un concurrent sérieux, ce mécanisme équipe une grande partie des chronographes Suisses et Allemands depuis le début des années 1980.

Ses caractéristiques, pour la version de base 775-0, sont les suivantes :

  • 30 mm (13 lignes 1/2) de diamètre, 7,9 mm d’épaisseur
  • 17/25 rubis
  • Chronographe à enclenchement à came
  • 28 800 a/h, 44h de RdM (en moyenne)

Le Valjoux 7750 a une configuration immédiatement reconnaissable : un chrono 6-9-12 avec date à 3 h. Simple, efficace.

Le boitier

C’est une Speed, et en même temps elle est tellement différente d’une Speed ! La carrure ressemble à celle d’une moonwatch, avec toutefois une épaisseur un poil supérieur due à la présence du Valjoux. Rien à voir en revanche avec une autre automatique, le calibre Omega 1141 (ETA 2890-A2) embarqué sur la Speedmaster Schumacher, qui, malgré l’ajout du module Dubois-Dépraz, est bien plus fin.

Le cadran

Le cadran est funky ! Il comporte un fond noir mat. Les aiguilles « à la moonwatch » ressortent donc aussi bien qu’avec une Speed classique. Le guichet du quantième est à fond noir et cerclé d’acier, d’une forme trapézoïdale qui rappelle furieusement l’Universal Genève Polerouter. Les deux sous-compteurs du chronographe (12h et 6h) ont la particularité d’être cerclés de blanc, et le sous-compteur de la petite seconde, à 9h, ne comprend pas de graduation. Chaque sous-compteur a sa propre alternance de rouge et de noir. Outre la classique échelle tachymétrique commune à n’importe quelle Speedmaster, cette Black Jack comprend une échelle interne avec une graduation 12/24h alternant le bleu et le noir sur un mode étrange (le premier chiffre est en bleu, le second en noir, de 10h à 3h, puis c’est l’inverse, de 4h à 9h. Problablement pour des raisons strictement esthétiques).

Omega

Le cadran est la grande force de cette version, aussi extravagant que les délires des designers des années 70 !

La couronne

Rien de spécial à mentionner concernant la couronne frappée du logo d’Omega, ni sur les poussoirs du chronographe, en tout point conformes à ceux que l’on retrouve sur n’importe quelle Speedmaster.

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Le fond

Idem, il comporte le célèbre Seahorse des familles.

Le bracelet

N’ayant pas d’exemplaire sous les yeux, le bracelet reste à ce stade un mystère. J’ai l’impression qu’il s’agit d’un 1469/811, mais je n’en suis pas certain. Pas du tout certain, même. En tout état de cause, visuellement, il ressemble énormément au bracelet de la moonwatch moderne (1998/840).

 

La cote

Les Speedmaster Date cotent autant, ni plus ni moins, que la plupart des autres Speedmaster automatiques. A l’heure où j’écris ces lignes, la fourchette se situe entre 1200 et 1600€, ce qui est tout à fait raisonnable pour une montre très récente.

Conclusion

Encore une folie designistique (pas sûr ce que ce soit français, ça…), une Speed originale, un nouvel avatar de cette famille si grande qu’elle en est presque infinie. Le symbole Omega étant en lui-même synonyme d’infini, il y a donc une certaine cohérence.

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