Introduction

Objectif Lune est l’un des albums les plus connus de Hergé. Il conte le premier volet de la conquête de la lune par Tintin, le capitaine Haddock et le professeur Tournesol (Calculus en anglais, ça m’a toujours paru bien meilleur). Objectif Lune, c’est une des illustrations de l’esprit visionnaire de Hergé ; c’est le seizième album de Tintin, paru quelques dix-neufs ans avant l’alunissage d’Apollo XI en 1969, et même huit ans avant le premier vol habité de Yuri Gagarin. Cet album est d’abord paru sous la forme de passages dans le Journal Tintin, du 30 mars 1950 au 30 décembre 1953. Ce premier volet sera suivi d’un second, le non moins célèbre On a marché sur la lune (1954).

Bien entendu, tout le monde connait l’histoire de cet album. Je ne vais donc pas vous faire l’offense de la développer ici. En synthèse, donc : le Professeur Tournesol invite Tintin et le Capitaine Haddock à le rejoindre en Syldavie, où il travaille sur le plus grand projet du siècle : l’envoi d’une fusée sur la Lune. Le défi s’annonce palpitant, d’autant plus qu’au grand effarement du Capitaine, le Professeur leur suggère d’être du voyage !

Pour y parvenir, Tournesol est bien décidé à construire une fusée qui emmènera les premiers êtres humains sur la Lune.

Si je vous parle de Tintin, ce n’est évidemment pas un hasard…

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Histoire et références

Selon Bernard Heuvelmans, un des conseillers scientifiques d’Hergé, le projet d’une aventure lunaire remonterait à 1946. Après la Seconde guerre mondiale, le rêve que l’homme puisse s’évader de sa planète natale devient tout doucement le fruit de longs travaux scientifiques qui ouvraient des boulevards à l’imagination d’un créateur comme Hergé. C’est donc l’actualité du moment – comme dans la plupart de ses albums – qui a influencé le choix d’Hergé d’envoyer son héros dans l’espace.

Hergé commença à se documenter. C’est ainsi qu’il consulta L’Homme parmi les Étoiles, rédigé par Bernard Heuvelmans. Un autre livre l’avait aussi profondément impressionné : L’Astronautique, du professeur français, Alexandre Ananoff, paru en 1950. Ce dernier l’assistera pour la conception de la célébrissime fusée lunaire. Bernard Heuvelmans proposa un scénario, écrit en compagnie de Jacques Van Melkebeke, rédacteur en chef des premiers numéros du journal Tintin. Il existe une planche, réalisée à partir du scénario Heuvelmans-Van Melkebeke. Elle fait démarrer la nouvelle aventure de Tintin en Amérique. Hergé n’y donna pas suite. Il retint cependant quelques idées que les spécialistes retrouveront dans la version finale de l’aventure lunaire.

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Le 30 mars 1950, le Journal Tintin commence la publication de cette aventure sous le titre On a marché sur la Lune. Il s’agit d’un récit en 134 pages, qui seront structurées en 2 albums de 62 pages,  Objectif Lune (1953) et On a marché sur la Lune (1954). Les lecteurs de Tintin n’ont jamais vu le titre Objectif Lune dans leur journal mais ils ont eu droit à des inédits puisque certaines cases ou certaines planches ont dû être sacrifiées par Hergé pour ne pas dépasser le format des 62 pages exigées pour la publication de l’album. Plusieurs vignettes et plus de 6 pages sont passées à la trappe.

Le format de publication dans le journal se devait d’être aussi très différent de celui retenu pour les albums. Comme cela avait été le cas pour Le Temple du Soleil, l’aventure sur la Lune avait été prévue pour une publication sur les deux-tiers supérieurs d’une double page de magazine, le reste étant occupé par des textes explicatifs, une documentation concernant la conquête spatiale. Finalement, cette option ne fut pas retenue et les lecteurs du journal découvrirent l’aventure lunaire dans une présentation des plus classiques.

Tant dans le roman de Jules Verne que dans les films de Méliès et de Fritz Lang (La Femme sur la Lune, 1928), l’engin capable de transporter des êtres humains vers la Lune était assimilé à un obus. L’ambition d’Hergé était de se référer au nec plus ultra des vaisseaux spatiaux. C’est vers les modèles dessinés (et en particulier la tristement célèbre V2) par le plus grand expert mondial des fusées de l’époque, le docteur Wernher von Braun, que se tourne le dessinateur. La X-FLR6 (le premier prototype imaginé par le professeur Tournesol) est lui aussi inspiré d’un modèle de missile conçu par le savant allemand.

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Quant à l’origine du fameux damier rouge et blanc, elle est en liaison directe avec une pratique établie par les ingénieurs de la NASA. Lors d’un tir, ce procédé leur permettait d’observer les basculements de la fusée par rapport à l’axe de la trajectoire et son roulis durant la phase critique du décollage. Le lecteur attentif et collectionneur de plusieurs éditions pourra remarquer la nuance des tons de la fusée lunaire au fil des éditions. Ainsi, celle-ci passera, progressivement, d’un rouge orangé plutôt falot, à une teinte beaucoup plus appuyée : une couleur flamboyante pour une aventure pleine de panache !

Si vous souhaitez approfondir la vie de Georges Remy, alias Hergé, je vous conseille la biographie de Benoît Peeters, Hergé, fils de Tintin, parue en 2011.

A ceux qui en douteraient, Jean-Claude Monachon, vice-président d’Omega et chef du développement produit, en cela l’un des concepteurs de cette montre, confirme bien que cette Speedmaster (311.30.42.30.01.004) puise son inspiration dans cette aventure de Tintin. Il est toutefois vrai qu’il manque la présence de la fusée X-FLR6 en tant que telle pour renforcer la référence. Elle était bien présente sur les prototypes, car Omega souhaitait sortir une Speedmaster Tintin tout à fait officielle. Malheureusement, les détenteurs des droits de Hergé ont refusé ce deal, et Omega a donc dû retirer la fusée et la référence explicite à Tintin. D’une Speedmaster Tintin, cette Speedmaster est donc devenue une Racing qui fait un clin d’oeil à Tintin. Le tout sur fond de rejet d’une proposition d’association.

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Je cite ici FratelloWatches pour indiquer pourquoi j’ai supprimé les images de Tintin et de ses albums, qui initialement illustraient cet article :

Instead, it became the Omega Speedmaster Pro Racing as the owners of the Tintin copyrights (probably) did not like the idea of having this watch as a tribute. As our first publication on the Speedmaster Tintin resulted in receiving letters from the legal department of the Tintin copyright owners, we will refrain from showing you the Tintin album and photos that will immediately clarify why this watch has such an interesting red and white checkered outer ring on the dial. It has little to do with racing.

Comme la liberté d’expression existe encore, je vous précise que je trouve l’attitude de ces ayant-droits tout à fait minable. IWC a sorti récemment une Flieger chronographe « Petit Prince » sans que ça pose le moindre problème ! Il y a de multiples partenariats entre des maisons horlogères et des célébrités ou leurs ayants droits (au hasard, Oris a sorti l’an dernier une montre hommage à Thelonious Monk), sans que ça pose le moindre problème. Je ne vois pas en quoi Omega, la Speedmaster, le Swatch Group, seraient pour la fondation Hergé des partenariats honteux. Bref. Ce n’est pas la première fois que les descendants de l’initiateur de la « ligne claire » font preuve d’obscurantisme.

On pourrait aussi dire que cette Speed ne fait pas véritablement partie de la gamme Racing, ce qui est vrai ne serait-ce qu’en dimensions, et qu’elle est plutôt une Moonwatch à cadran alternatif.

Examinons après cette longue introduction, la montre en tant que telle.

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Le mouvement

Basée sur la célèbre 3570, cette Speedmaster partage son même mouvement. Il s’agit du Lemania 1861 à remontage manuel, diffusé depuis 1997, qui ne présente ici aucune particularité. Le 1861 est lui-même une simple évolution du 861 sorti en 1968, et certifié par la NASA en 1978.

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Le boitier

Strictement identique à celui de la Moonwatch, le boîter de 42mm asymétrique du plus célèbre chronographe du monde n’appelle aucune remarque particulière. Excepté le fait qu’il est d’une beauté sans égal, d’une finesse surprenante, d’une finition terrible.

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ici aux côtés d’une Mark II

Le cadran

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Indépendamment de toute référence à l’univers d’Hergé, cette montre est très agréable à regarder, et le damier rouge / blanc rehausse considérablement le cadran noir mat de la Moonwatch. Bien que très différente de la Speedmaster Apollo 15, cette Tintin fait furieusement penser à celle-là. Probablement ce chemin de fer rouge et blanc, que l’on retrouve dans les deux cas.

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Une autre référence cousine, c’est la 3570.40 Racing destinée au marché japonais, produite en 2004, et comprenant un damier relativement proche, basé sur une alternance de rouge et de orange.

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Franchement, avant d’avoir cette montre au poignet, je voyais très clairement, en photo, l’allusion à la fusée de Tintin. Ce phénomène est vrai, mais uniquement lorsqu’on regarde de très près la montre, ou avec le cadrage toujours serré d’une photo. Lorsqu’on la porte à une distance correspondant plus aux situations réelles de consultation de l’heure (disons, à 20 ou 30 cm), je trouve que l’effet s’estompe considérablement. Le damier rouge / blanc devient plutôt une sorte de cercle concentrique, d’anneau au sens astronomique du terme, autour du cadran. Et si l’effet « racing » perdure, l’effet « Tintin » tend à disparaitre. D’une certaine manière ce n’est pas plus mal, car ce damier rouge / blanc me fait aussi penser à :

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ce qui n’est pas des plus reluisants.

Cette Speedmaster est dotée d’un verre hésalite, qui rattache une fois de plus cet avatar à la gamme ultra-traditionnelle des Moonwatches au sens strict du terme. Ce plexiglas est toujours aussi beau, offre des reflets toujours aussi chauds, et est une attraction à part entière. Il comprend bien entendu le célèbre logo grec gravé en minuscule au centre de l’hésalite.

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La couronne

C’est celle de la Speed Pro, rien de plus à ajouter ! La filiation avec la gamme moonwatch est indéniable.

Le fond

Ici nous avons une petite originalité. Il ne s’agit pas exactement du fond traditionnel de la Moonwatch. Bien entendu, c’est un proche cousin. On trouve en son centre le célèbre Seahorse. Autour de lui, un texte, gravé avec des caractères rouges. Texte qui diffère nettement de celui de ma Moonwatch 3573 (The first and only watch worn on the moon) Ici, le texte est le suivant, en deux parties distinctes : « Flight-qualified by NASA for all manned space missions » d’une part, et « the first watch worn on the moon » de l’autre. Le fond comprend enfin une gravure anti-contrefaçons.

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le logo anti-contrefaçons, dont on ne perçoit pas nécessairement bien l’intérêt

Le bracelet

Le bracelet métal livré avec cette montre répond à la douce référence de 1958/957. A la différence de la génération précédente de bracelet pour la moonwatch (1998/840), il comprend des goupilles vissées qui ne facilitent pas vraiment le fait d’ajuster la montre à son poignet. Visuellement, en revanche, le bracelet est strictement identique à celui de la génération précédente.

L’écrin

On retrouve ici la boîte rouge en simili cuir classique des moonwatches, boîte qui a toutefois été abandonnée pour la moonwatch contemporaine, au profit d’une livraison nettement plus luxueuse et comportant divers goodies (NATO Omega, loupe, …)

Mon exemplaire

Acheté à l’ami Nico, il est en parfait état, pour ainsi dire comme neuf !

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La cote et conclusion

Cette Speedmaster a été lancée en 2014 et arrêtée environ deux ans plus tard. On suppose qu’elle n’a pas rencontré un franc succès. Vendue à l’époque aux environs de 3500€, cotée entre 2800 et 3000 au moment où j’écris ces lignes, ce peut être un bon choix de collectionneur, pour du moyen / long terme.

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