L’expression de « trio magique » vient de l’italien (il trio magico),  de trois attaquants de la Juve et de la Squadra Azzura dans les années cinquante, le Trio Boniperti-Charles-Sivori. Plus près de nous, et en filant encore la métaphore sportive, on peut dire que la « MSN » du Barça (Messi, Suarez, Neymar) est un autre trio magique. Le PSG l’a appris récemment à ses dépens.

Dans l’histoire horlogère aussi, il y a des trios magiques. Rattachées à des dates clefs. On peut par exemple citer chez Rolex 1953. L’année de l’ascension de l’Everest avec une Oyster ; de la sortie de la Submariner ; et enfin de la sortie de l’Explorer I. Chez Omega, c’est 1957 qui est un peu l’année équivalente. C’est en 1957, il y a donc 60 ans, que le chronographe phare de la marque (pour ne pas dire le chronographe phare tout court) est sorti, la Speedmaster. Bien avant de devenir une moonwatch. C’est en 1957 aussi que la gamme Seamaster (qui existait depuis pas mal de temps, 1945 je crois) s’enrichit d’un modèle dit 300, étanche à 200m, et qui constitue la réponse omegaesque à Rolex, Blancpain et les quelques autres marques qui depuis quelques années produisent des montres de plongée (au sens moderne du terme). C’est enfin en 1957 que sort la Railmaster, montre technique par excellence, destinée aux ingénieurs qui ont besoin d’une montre résistant au magnétisme, et destinée aussi au monde des chemins de fer.

En premier lieu, la Speedmaster 60th anniversary. Référence 311.10.39.30.01.001. 3557 unités seront produites (comme les deux autres rééditions). Dotée d’un verre hésalite. D’un diamètre absolument pas moderne (et ça c’est vraiment génial) : 38,6mm. D’une entrecorne de 19mm. Du célèbre calibre Omega 1861. Ce modèle reprend donc tous les codes, y compris l’échelle tachymétrique, de la CK2915 d’origine – qui était la première échelle tachymétrique posée sur la lunette. Avec des aiguilles Broad Arrow et des sous-compteurs aux aiguilles Alpha. Même le bracelet est conforme à celui d’origine. Tout comme l’absence de protection de la couronne, ou encore le logo appliqué.

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A gauche, la CK2915 ; à droite la version 2017

Vient ensuite la Seamaster 300. Sous la référence 234.10.39.20.01.001, et baptisée Seamaster 300 Master Co-Axial, se cache une réédition là aussi très fidèle à l’originale de 1957. Dotée d’une lunette conforme à l’originale (tournante et bi-directionnelle), d’une couronne vissée, d’un diamètre de 39mm (37,5mm pour l’originale) et d’une entrecorne de 19mm, cette Seamaster reprend elle aussi tous les codes de 1957. Les deux seuls changements substantiels par rapport à l’originale (CK2913) sont le mouvement, puisque cette SM300 embarque le calibre 8806 master co-axial certifié COSC et antimagnétique résistant à 15 000 gauss (55 heures de réserve de marche). Et le verre saphir, qui remplace l’hésalite.

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A gauche, la CK2913 ; à droite, la version 2017

Enfin, la Railmaster. Ici on est dans un registre un peu différent, puisque la gamme est discontinue. La Railmaster est sortie en 1957 mais a été arrêtée en 1963. Avant d’être reproduite dans les années 2000, puis arrêtée à nouveau et remplacée par la gamme Seamaster AquaTerra. Cet excellent article fait le point sur l’histoire de ce modèle rare et recherché des collectionneurs. Désormais intitulée AquaTerra 150m Railmaster co-axial master chronometer, référence 220.10.38.20.01.002, la Railmaster version 2017 est elle aussi fidèle à son arrière-grand-mère de 1957 (CK2914). Ici encore, les adaptations par rapport à l’originale sont modestes : le verre saphir, le mouvement 8806. Cette nouvelle Railmaster ne fait que 38mm, ce qui est un diamètre extrêmement rare de nos jours.

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A gauche, la CK2914 ; à droite, la version de 2017

Chaque montre est limitée à 3 557 exemplaires, livrée dans un coffret de présentation inspiré du coffret original de 1957, avec l’hippocampe sur le couvercle, un logo rétro et une doublure en velours côtelé beige. Deux bracelets supplémentaires sont inclus, un en cuir et un en nylon NATO, ainsi qu’un outil permettant de les changer soi-même.Il existe même un coffret réunissant ce trio, limité à seulement 557 exemplaires. Fabriqué dans un bois gravé, il renferme trois montres frappées du même numéro de l’édition limitée. Il contient également un étui en cuir avec six bracelets supplémentaires (trois en cuir, trois NATO) ainsi qu’un outil en bois pour les changer.

Que penser de ces nouveautés ?

On peut bien entendu râler sur cette mode néo-vintage qui gagne tout le monde ou presque (Oris, Tudor, TAG Heuer…), avec notamment ces ridicules aiguilles qui imitent le tritium vieilli. Par ailleurs le prix élevé de ces nouveaux modèles (entre 6 et 7 K€) met en lumière l’intérêt d’acquérir des vintages… encore que les CK dont on parle ici sont hors de prix. C’est pourquoi, au final, je me range volontiers à l’avis de Chronographes.net, dont je reproduis ici un large extrait :

Je vois d’ici les commentaires acerbes sur ces trois modèles, commentaires que l’on réserve aux interprétations et pseudo-rééditions contemporaines des montres qui nous font tous rêver. Tudor, Heuer, Oris, Omega, Longines, Zenith… la liste en est longue, de nous jours, comme si les clients des grandes marques avaient réussi à faire comprendre à ces dernières que les codes du design posés dans les années 1950 et 1960 imposaient encore aujourd’hui l’évidence de leur perfection.

On ne compte donc plus les exercices de reproduction, ou plutôt de ré-interprétation. Les maisons horlogères, avec un plus ou moins de bonheur, proposent des modèles qui, évoquent-ils l’héritage ou l’hommage, ne riment pas vraiment avec vintage. Diamètre agrandi, cornes épaissies, proportions trahies, cocktails douteux de plusieurs modèles : la réussite n’est pas toujours au rendez-vous. L’argument est toujours le même : quel intérêt y aurait-il à proposer la même montre, quarante ou cinquante ans plus tard ?

La réponse, Omega nous la donne aujourd’hui : simplement parce que c’est la plus belle, parce qu’elle n’est aujourd’hui accessible qu’à quelques rarissimes chanceux et fortunés, parce qu’elle fait encore rêver des quantités d’amateurs et en amène d’autres, chaque jour, à découvrir, apprécier puis chérir le patrimoine horloger.

Sur le tritium vieilli (faux-patina comme disent les anglo-saxons), vous connaissez mon point de vue. Toutefois, j’entends le contre-argument, développé notamment par l’ami Robert-Jan Broer, que je vous livre ici :

There were quite some comments on the faux patina. Some like it, others don’t. In the flesh, I have to say it was more toned down than in the press images. However, it is still there and clearly visible. I don’t mind the faux-patina myself, it does justice to the look and feel of the watch. Imagine this watch with the white or even green-ish Super-LumiNova, that would have been a bit strange.

Reconnaissez que ce n’est pas faux non plus.

A noter enfin que ce n’est pas le seul reboot de la Railmaster, gamme rare, recherchée, discontinue, puisqu’une Rail « moderne » et en édition non limitée est apparue également, bien que le site d’Omega n’en parle pas pour l’instant !

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